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Yves Bertoncini quoted in l'Opinion: "Les nouveaux maîtres de Bruxelles"

on October 13, 2014, 11:29
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Yves Bertoncini, our director, is quoted in l'Opinion about the new Commission: "Les nouveaux maîtres de Bruxelles" on 10 October 2014.


Extracts:


Les nouveaux maîtres de Bruxelles

L’Europe incarnée par Jean-Claude Juncker est plus allemande, plus nordique et plus à droite. Berlin s’est placé en position de force dans la nouvelle Commission, tout comme au Parlement


Les faits - Une convergence d’intérêts entre conservateurs et socialistes au Parlement européen a permis au nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker de faire avaliser mercredi la quasi-totalité de son équipe par les eurodéputés. Seule désavouée, l’ancienne Première ministre slovène Alenka Bratusek a renoncé à sa nomination au poste de vice-présidente de la Commission chargée de l’énergie. Le gouvernement slovène doit maintenant désigner un autre candidat. Jean-Claude Juncker et les 27 membres de son équipe doivent prendre leurs fonctions le 1er novembre pour succéder à la Commission Barroso.

C’est une Europe nouvelle qu’incarne la Commission européenne dont les membres viennent, pour la quasi-totalité d’entre eux, d’être avalisés par le Parlement européen issu des élections du 25 mai. Le phénomène était visible depuis plusieurs années mais les évolutions institutionnelles de ces derniers mois l’ont encore renforcé : l’Europe est aujourd’hui dominée par l’Allemagne. Non parce que cette dernière l’a voulu, mais parce que l’affaiblissement politique et économique de la France lui laisse le champ libre. « Ce n’est pas l’Allemagne qui s’impose mais les autres qui reculent. Elle est en situation de leader par accident », note une source européenne. Vingt-cinq ans après la chute du Mur de Berlin et la réunification, l’Allemagne se retrouve seule aux manettes, sans s’y être psychologiquement préparée, au risque de jouer sa partition avec une certaine maladresse.

« Il faudrait beaucoup de vertu pour résister au pouvoir qu’on lui donne. A force d’être toute-puissante, elle est un peu égoïste, elle ne sait pas très bien comment se comporter », reconnaît un connaisseur du dossier. Mal à l’aise dans le communautaire, l’Allemagne a tendance à jouer davantage la carte de l’intergouvernemental, par exemple avec le traité sur l’union bancaire. Surtout, elle impose à l’Europe tout entière son discours sur l’austérité, refusant d’ouvrir les cordons de la bourse.

Parallèlement, la France pèse de moins en moins dans un couple franco-allemand toujours plus grippé. « La France est sur la défensive », regrette un expert européen. Ses partenaires attendent pourtant d’elle qu’elle prenne des initiatives, qu’elle marque sa différence. Mais elle n’arrive pas à mettre à exécution les diverses idées qu’elle met sur la table. « Quand on n’est pas à la manœuvre en Europe, y compris dans les moments difficiles, on ne compte pas », avertit Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman. La donne pourrait changer dans les prochaines années, au fur et à mesure que les sujets de politique internationale (la crise ukrainienne, la menace islamiste, les migrations, le changement climatique), sur lesquels la France a une vraie compétence, deviendront prioritaires. « Mais tant que les sujets économiques et sociaux domineront, l’Allemagne et ses alliés traditionnels resteront en position de force », commente Yves Bertoncini, directeur du think tank Notre Europe. Empêtré dans ses propres difficultés internes et son chantage à la sortie de l’UE, le Royaume-Uni est incapable de prendre le relais. Plombés par la crise économique de ces dernières années, les pays du sud se placent aujourd’hui en retrait, les yeux rivés sur les indicateurs économiques et sociaux. Soumise à une purge extrêmement sévère ces dernières années, l’Espagne apparaît surtout comme une alliée de l’Allemagne dans le débat sur la rigueur budgétaire.

Seule l’Italie essaie de tirer son épingle du jeu, autour d’un Matteo Renzi qui concentre tous les espoirs mais devra prouver qu’il n’est pas un simple feu de paille. Les résultats obtenus aux dernières élections européennes ont permis à la gauche italienne de prendre la tête du groupe socialiste et de plusieurs commissions. Le président du Conseil italien a également réussi à imposer Federica Mogherini au poste de Haute représentante pour la politique extérieure de l’Union. Quant au président de la Banque centrale Mario Draghi, il n’hésite pas à prendre des initiatives originales, parfois contestées à Berlin.

Hasard de calendrier, l’Italie assure ce semestre la présidence tournante de l’Union européenne, dont elle tente de faire un tremplin pour de nouvelles priorités européennes, aux côtés de la France. Mais la chancelière veille au grain, avec l’appui de ses voisins du nord, qui assoient leur influence en Europe.

Rééquilibrage vers l’Est. La nouvelle Commission en est un exemple, avec un Luxembourgeois (Jean-Claude Juncker) président, un Néerlandais (Frans Timmermans) premier vice-président, et un Finlandais (Jyrki Katainen) vice-président chargé de coordonner toutes les initiatives sur la croissance y compris le plan d’investissement de 300 milliards d’euros. Le rééquilibrage est aussi en train de se faire vers l’Est, autour d’une Pologne qui apparaît aujourd’hui comme un élément fort et incontournable de la scène européenne. C’est d’ailleurs l’ancien président Donald Tusk qui prendra la tête du Conseil européen, après avoir bénéficié du soutien de la chancelière, qui avait déjà imposé Jean-Claude Juncker comme chef de file des conservateurs (PPE) pendant les élections européennes.

L’Allemagne peut aussi se targuer d’occuper plusieurs postes clefs dans les institutions : Martin Selmayr dirige le cabinet de Jean-Claude Juncker, le social-démocrate Martin Schulz préside le Parlement européen, et le démocrate-chrétien Manfred Weber est à la tête du groupe PPE, où il a succédé à Joseph Daul.

Traditionnellement très puissante à Strasbourg, l’Allemagne bénéficie là aussi de la moindre influence de la France, affaiblie par la victoire du Front national lors des dernières élections européennes. Pour couronner le tout, la France risque d’être particulièrement mal représentée dans les cabinets des commissaires, avec un seul chef de cabinet (Olivier Bailly chez Pierre Moscovici), et, pour le moment, un niveau historiquement bas de membres. Pendant ce temps, l’Allemagne fait le plein et pourrait même, selon nos informations, prendre la direction du cabinet de Valdis Dombrovskis, le vice-président désigné en charge de l’euro.

Cet effacement français est d’autant plus dommageable que, après avoir abandonné une grande partie du pouvoir au Conseil européen, la Commission pourrait effectuer un retour en force dans le jeu institutionnel européen. Une Commission qui comptera près de deux tiers de membres de droite alors que l’Union européenne est aujourd’hui dirigée par 16 gouvernements de coalition, 7 gouvernements de droite et 5 de gauche. « Deux éléments pourraient permettre un rééquilibrage : le profil géopolitique de Jean-Claude Juncker, qui est plutôt partisan de l’économie sociale de marché et sera soucieux d’adopter des positions qui conviennent à la France et à l’Allemagne, et les circonstances économiques, favorables à un meilleur équilibre entre rigueur et croissance », estime Yves Bertoncini.

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